Le conflit entre le Hamas et Israël a eu des répercussions à Strasbourg.

Des tensions se sont faites jour.

L’appréciation qu’on peut porter sur ce conflit et la légitime compassion pour les populations civiles d’Israël et de Palestine sont du ressort de la conscience individuelle de chaque Strasbourgeois.

Les règles qui gouvernent la République française excluent toute prééminence communautariste et privilégient clairement l’expression et la valorisation de chaque individu fondées sur l’humanisme, socle des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Aucune communauté d’aucune sorte ne peut s’arroger un quelconque droit de prééminence sur la République Française et ses valeurs.

Aucune menace ne saurait faire plier la démocratie.

Vivre en République implique pour tous le respect de chaque citoyen sans distinction d’origine, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion.

Ces principes qui régissent notre vie citoyenne au quotidien excluent à plus forte raison toute velléité d’importer en France des conflits qui se déroulent à l’étranger.

 

Le conseil municipal réaffirme de manière claire et unanime son attachement aux valeurs de la République en excluant toute expression communautariste quelle qu’elle soit.

Il rejette avec force l’idée d’importer un conflit étranger quel qu’il soit, chacun étant libre de s’exprimer pour faire valoir son opinion, dans les limites du respect du Droit et de celui dû à chaque individu.

Il ne saurait admettre que des pressions et des menaces communautaristes s’expriment impunément dans notre ville, capitale des Droits de l’Homme.

Voici ma déclaration de présentation :Pourquoi cette motion ?

Une guerre a lieu au proche orient que vous aviez pudiquement appelé «événements ».

Aujourd’hui, heureusement, un cessez le feu est en vigueur, hélas pas encore la paix.

Cette guerre a eu des répercussions à Strasbourg, ponctuées par le souhait de votre collègue vert, El Hamdani, de voir le conflit importé chez nous.

Je tiens ici à rappeler que plusieurs incidents se sont déroulés dans notre ville et – je le précise clairement - sans qu’un lien clair et formel ne puisse être établi entre eux.

Ils sont inquiétants et nous appellent à la plus grande vigilance.

Il y eut d’abord, comme un signe prémonitoire en guise d’avertissement, des vidéos tournées à Hautepierre. Notre groupe les a signalé et dénoncé. Personne n’ y a accordé de réelle importance et personne n’a réagi. Au contraire, on nous a opposé le couplet angélique, doctrinaire et bien connu, de salir l’image d’un quartier!

Il y eut ensuite les caillassages de la synagogue, le cocktail Molotov contre un lieu de culte à Schiltigheim, les hurlements place Kléber, les défilés, les menaces proférées à l’endroit de plusieurs élus qui siègent ici.

La dernière en date, et je ne m’en réjouis pas, je suis plutôt solidaire de vous, étant celle annonçant que l’on allait vous « mettre à genoux ».

Puis survint l’épisode, grave dans ce contexte, de votre collègue de la majorité municipale qui a dit et répète, ici, au sein de notre enceinte républicaine : « il faut importer le conflit… »

Aucun citoyen attaché à notre République ne peut pas ne pas condamner un tel propos.

Nous n’avons pas à importer de conflit étranger en France, d’aucune manière !

Importer un conflit peut ouvrir les portes au pire, les partisans des uns allant au conflit avec ceux des autres. Un conflit est forcément marqué du sceau de la violence

A ces propos, aucune réaction, pourtant espérée et attendue du maire de Strasbourg.

 

Certes vous aviez exposé rapidement que « vous n’étiez pas d’accord ». Mais ce désaccord, en la circonstance était d’une faiblesse coupable….

N’être pas d’accord ne signifie pas condamner.

En tant que premier magistrat de notre ville vous vous êtes donc fait l’avocat de celui qui a refusé de retirer ces propos.

Vous avez expliqué qu’il avait simplement voulu dire qu’il fallait importer « le débat ».

Si le sens des paroles de votre collègue Vert avait signifié cela, rien n’eut été plus facile pour lui que de l’expliquer immédiatement.

Mais non, il lui aura fallu 5 semaines, la veille du conseil municipal et le dépôt de ma motion pour qu’il s’exprime sans, du tout, retirer ses propos.

Supposons donc qu’il ait voulu parler de débat.

Qu’est ce que cela signifierait au juste ? Qu’il fallait mettre face à face des partisans ? S’invectiver ? Installer une monstrueuse sonorisation place Kléber et hurler et fustiger, puis contre hurler et contre fustiger ?

Aurait-il voulu dire qu’il fallait organiser un débat en conseil municipal avec les partisans des uns affrontant « verbalement »  les partisans des autres ?

Eh bien, Non ! Nous n’avons pas à importer le conflit, d’aucune manière.

Chacun a sa conscience et dans les sphères privées, chacun fait ce qu’il veut. Mais dans le champ de la vie publique ce sont les règles de la République française qui s’imposent à tous, sous le signe du vivre ensemble.

De plus, nous estimons qu’un élu a des responsabilités particulières car il est porté aux responsabilités par le peuple, qui attend de lui un comportement exemplaire.

Ce que dit et fait un élu n’est pas anodin. C’est exemplaire. Dès lors souhaiter que le conflit soit importé prend une dimension particulière …

 

Monsieur le maire ce sont tous les faits que je viens d’évoquer et ces paroles d’un élu qui m’ont conduit à proposer au conseil municipal une motion qui, à mes yeux, a un caractère à la fois urgent et solennel.

 

L’élément central de cette motion est, je cite : Les règles qui gouvernent la République française excluent toute prééminence communautariste et privilégient clairement l’expression et la valorisation de chaque individu fondées sur l’humanisme, socle des droits de l’homme et du citoyen.

Et encore : « Vivre en République implique pour tous le respect de chaque citoyen sans distinction de race, ni de religion, ni de philosophie ».

 

Les hurlements quotidiens place Kléber exprimaient de la manière la plus claire un communautarisme évident qui n’est rien d’autre qu’une régression déguisée en parti politique pour la promotion des ambitions de son chef.

Les propos que l’on a pu entendre sur le terrain, en live, à l’occasion de ces manifestations étaient plus qu’inquiétants.

 

Dès lors il faut évoquer sur quels éléments sont établis ces communautarismes. Car il y en a de plusieurs sortes, qui se manifestent différemment.

Ils sont fondés sur des replis identitaires qu’ils exacerbent.

Poser la question des communautarismes c’est poser la question des identités.

Et là encore, comme il est impossible de développer ici, je veux recommander à chacun la lecture de ce livre lumineux d’Amin Maalouf : « Les identités meurtrières » paru en 1998. Tout est dans le titre.

Mais je veux en extraire une phrase alors que toutes devraient être méditées : « Chacun d’entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à concevoir son identité comme étant la somme de ses diverses appartenances, au lieu de la confondre avec une seule, érigée en appartenance suprême, et en instrument d’exclusion, parfois en instrument de guerre »

 

Une dernière citation elle est extraite du livre de Joseph Macé-Scaron : « la tentation communautaire : «  on peut résumer le communautarisme comme la valorisation de la culture minoritaire au détriment de notre humanité commune et, surtout, comme la volonté de faire exercer à la communauté en question un contrôle absolu et exclusif sur ses membres. Le communautarisme est une identité fatale au sens étymologique du terme : fatum, le destin, ce à quoi on n’échappe pas. Dans tout groupe communautariste, aussi sympathique soit-il y a un ordre du Temple solaire qui sommeille. » 2001

 

Voilà pour les fondements de ma motion. Mais j’aurais pu me contenter  suffit de faire appel à la déclaration des droits de l’Homme et au préambule de la constitution française :

Article 3 déclaration des droits de l’Homme et du citoyen : « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément »

 

Art 1 de notre constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

L’Art 3 précise qu’ « Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'attribuer l'exercice de la souveraineté nationale. »

Tout cela démontre que les communautarismes de tout acabits ne sont pas favorables à l’épanouissement du citoyen d’une part et sont contraires à l’esprit de la République d’autre part.

A Strasbourg il ya eu des symptômes de risques, c’est pourquoi je vous demande de mettre aux voix ma motion