...Un peu douloureux donc, accompagné par un changement de météorologie, vérifié et régulier.

J'ai un beau souvenir de mes quelques jours dans les Vosges en début de ce mois qui amorce la décrue des périodes souciantes.

Après le 15 aout, les vacances ne fleurent plus les mêmes arômes.

C’est surtout la promesse des ennuis à venir qui s'épanouit dans le mélange d’un paradoxal ciel d’été qui ne tient pas ses promesses, qui déverse ses eaux et ses ombres. C’est, en un mot, un parfum de contraintes qui commence tout doucement, fielleusement, à nous envahir. Alors qu’au même moment nous quitte la sensation des douceurs du laisser penser, du laisser aller.

J’ai, quant à moi ,mis à profit mes quelques jours loin de Strasbourg pour visiter l’exposition de cet été de la villa Maeght, à Saint Paul de Vence : le noir... le noir est une couleur. Passionnante présentation d’œuvres des maîtres du XXième siècle qui, finalement tous, à un moment où à un autre, célèbrent le noir.

L’essentiel est dans le noir !

J’ai eu aussi le bonheur de retourner à la Chartreuse de la Verne. A quelques petits quarts d’heures des plages surchauffées de cette inouïe concentration de corps en goguette se trouve un étonnant havre de spiritualité. Ces pierres rudes qui semblent porter l’éternité, incitent à la méditation, à la prière.

Il y a plus de quinze ans j’avais recherché cette Chartreuse, juchée sur un éperon sauvage de rocs, perdu eau milieu du massif des maures et je l’ai connue et aimée alors qu’elle était en ruines. Le romantisme de la ruine, à l’instar de celles des châteaux des Vosges, incite toujours à la rêverie et à la réflexion.

Elle est aujourd’hui pratiquement reconstruite et tant d’endroits, que nous explorions alors en toute liberté , sont aujourd’hui interdits au promeneur.

Le cimetière des moines chartreux était à l’époque abrité par un chêne qui semblait les bercer et les protéger. Il était sans doute sauvage et centenaire. Il disparu aujourd’hui, arraché et le cimetière est nu, dépouillé, exposé au plein soleil. Une grande croix noire s’est substituée au chêne et imprime sa silhouette sur le sol surchauffé. Plusieurs petites croix noires symbolisent les tombes des moines anonymes. L'essentiel est dans le noir! 

J’ai été saisi par cette vision.

Autant j’aimais à méditer quelques instants sous l’arbre, autant aujourd’hui, devant le cimetière interdit, que l’on ne peut plus apercevoir que du haut d’une fenêtre, mon regard a été projeté vers une impression forcée d’Essentiel.

Quelques croix noires, sans aucune inscription, sans le moindre nom, signifient une vie passée sur terre…anonymement, disparue anonymement, sans doute là, dans une vie de prière et de réclusion. Mais nos vies à nous « dans le siècle », ont incontestablement le même destin ! Je songe à l'Ecclésiaste: Vanité de vanités...Chassons donc nos illusions et essayons de penser toujours à l’essentiel… Mais, notre destin est bien dans la vie active au service d'autrui...

Oui, la nature sauvage, l’isolement, l’authenticité et l’audace de ce lieu m’inspirent. Comment et pourquoi cet éperon rocheux pour ériger au XII ième siècle cette forteresse de la spiritualité ?

A toute chose il faut une part de mystère. Il faut aussi des moments comme ceux que j'ai vécu là, de projection en soi, de pure réflexion, avant de revenir vers l'action si captivante, qui par conséquent, rend si captif! Mais la rêverie prend fin...Dans quelques jours retour à la réalité strasbourgeoise. Avec des annonces importantes, sans nul doute…