Il y a sept ans lorsque nous avons pris la décision, Fabienne Keller et moi, de développer une importante politique en matière de lecture publique et de  créer une médiathèque centrale je pensais bien participer à son inauguration.

 Etonnerais-je en confessant que j’imaginais d’autres circonstances que celles d’aujourd’hui ?  Il s’agit là, naturellement d’une formulation totalement euphémique.

 Aujourd’hui, les choses étant ce qu’elles sont, ce sont nos successeurs qui ont été appelés à couper le ruban.

 Je dois à l’actuel maire de Strasbourg de prendre la parole puisqu’il a bien voulu, sans test ADN, reconnaître ma paternité.

Monsieur le maire permettez moi à cette occasion de formuler un vœu fervent : que votre ouverture d’esprit soit permanente et qu’elle soit contagieuse autour de vous. Je m’adresserai à M.Bigot dans un instant…

 Mais cet exercice consistant pour vous à couper notre ruban doit inciter à une grande modestie et à la suprême relativisation des choses.

Nous avons travaillé, vous inaugurez.

Qui sait, peut-être demain travaillerez vous et peut-être après demain inaugurerons nous ? …

Mais en tout état de cause ce sont bien nos concitoyens qui récoltent, car à travers notre travail, nos présences et nos discours ce sont eux qui sont ainsi concernés et nous ne faisons ici que les représenter, nous sommes à leur service.

J’avais fortement envie de citer ici le livre des livres chapitre l’Ecclésiaste je veux simplement inviter à sa lecture.

 Lecture ! C’est bien elle qui nous a mobilisé.

Elle est la pierre angulaire de la culture et la culture est le fondement même d’une société de citoyens.

 Ce haut lieu, cette médiathèque André Malraux, a été au cœur de mon engagement et il a procédé à la fois d’une analyse de la raison et de l’expression de fortes convictions.

 Quelles sont-elles ? 

Que la culture fonde Strasbourg et lui assigne en ce vingt et unième siècle un rôle et des missions spécifiques et singulières.

 Le destin de Strasbourg est de rayonner à travers l’Europe

Ø  par sa culture, fruit de son incroyable et si dense passé historique qui a forgé sa volonté de paix,

Ø  par sa mission de ville des droits de l’homme, bref par l’humanisme rhénan dont le but suprême est bien la conquête de la sagesse.

La culture, la quête de la sagesse, les droits de l’homme ont un socle inaltérable qui est le livre.

 Ma seconde analyse et ma seconde conviction sont que la lecture et donc la culture doivent toucher de leur grâce le plus grand nombre.

Tous, allais-je dire, et lorsqu’on songe à l’illettrisme l’accomplissement d’un tel vœu est une priorité.

 Pour toutes ces raisons nous avons voulu une grande politique en faveur du livre et de la lecture publique.

On l’a dit et écrit, cette politique, aujourd’hui exemplaire en France, a consisté à créer un réseau performant de hauts lieux du livre, aux cotés des lieux plus intimes et plus proches, ouverts à tous et qui sont, aux points cardinaux de notre agglomération, les quatre grandes médiathèques communautaires.

Celle pour le sud située à Illkirch, l’ouest avec Lingolsheim et demain le nord avec Schiltigheim. Ici la médiathèque André Malraux qui est tête de réseau.

 J’ai lu dans notre quotidien local, en date du 9 septembre, que vous évoquiez, cher Monsieur Bigot, la crainte que…  je cite «  la ville de Strasbourg aurait fourgué le financement et la construction de sa grande bibliothèque à la CUS »

L’auteur de l’article prend soin de commenter qu’il s’agit …je cite encore « d’une pointe d’humour à votre façon »

 Monsieur le président de la CUS méfiez vous de votre humour, évitez d’être inutilement blessant et devenez consensuel, vos fonctions l’exigent.

Moi je ne me suis jamais laissé allé à dire qu’Illkirch aurait fourgué sa médiathèque à la CUS, ni Lingolsheim, ni demain Schiltigheim. Je rappelle que fourguer signifie « Vendre ou donner (qqch.) pour s’en débarrasser. Le dictionnaire donne un exemple : Je lui ai fourgué ma bagnole. »

Et, Monsieur le président, la médiathèque Malraux, dans laquelle nous nous trouvons est bien ouverte à tous, qu’ils soient de la ville, de l’agglomération et de toute l’Alsace et que dire de tous ces étudiants qui viennent des quatre coins du monde et qui auront plaisir à la fréquenter.

Ne donnons jamais le sentiment de cultiver le repli identitaire, fut-il communal, nous avons tous destin lié.

Je m’enorgueillis aussi, cher monsieur Bigot, d’avoir réussi, avec tous les maires de la CUS et tous les bibliothécaires de toutes les communes, grandes ou petites, à créer un réseau avec, chose aujourd’hui unique, un pass bibliothèque qui est un véritable passeport pour la lecture sur tout le territoire de l’agglomération.

Ce pass faisait partie, dans nos projets, d’une vaste politique en faveur du livre qui a suscité et devait continuer à susciter l’amour de la lecture.

La manifestation « bibliothèque idéale »  en était un élément important, de même que la venue depuis six ans de l’académie Goncourt pour décerner à Strasbourg sa bourse de la Nouvelle.

A vous maintenant de prendre en main l’animation lecture dans toute l’agglomération.

 « La Malraux », comme on dit déjà familièrement, est architecturalement autant que par son contenu un joyau de cette constellation culturelle qui se situe ici autour de la presqu’île : cinéma, archives, le vaisseau, la cité de la musique et de la danse, la médiathèque.

 Nous avons d’ailleurs réussi, au cours des sept dernières années, je le dis sans fausse modestie, une belle métamorphose de tout ce quartier de l’étoile qui était en friche depuis si longtemps.

Je tiens à saluer chaleureusement et avec conviction l’œuvre de Jean-Marc Ibos et de Myrto Vitart…J’ai tenu à travailler en liaison assez étroite avec Jean-Marc, homme de caractère qui est aussi un créateur dont le talent confine souvent au génie. Je veux rappeler que je l’ai suivi dans tous ses projets et notamment, après un grand temps de réflexion, dans son idée de signaler ce bâtiment par une peinture métal électrique.

La facilité eut été de conserver les briques rouges auxquelles le regard de tous était habitué, l’audace a consisté à opérer une métamorphose de cet édifice pour en faire une véritable œuvre d’art.

Je me félicite aussi d’avoir fait appel à Rudie Baur  pour l’art du graphisme, de la calligraphie et du sens des textes proposés sur les murs de cet édifice qui est ainsi, lui même un livre à méditer.

 Le résultat est, à mes yeux, remarquable et il faut voir cette façade irradiante au soleil couchant pour ressentir comme un appel à en franchir les portes et à fréquenter la culture.

Permettez moi de proclamer ma fierté et mon bonheur. Et, quelle qu’aient été les circonstances, bien que j’ai le cœur serré, ma conscience est heureuse pour cette réalisation comme pour les autres qu’il ne serait pas séant d’énumérer ici. Oh, juste peut-être l’Aubette parce que c’est tout frais…

 Au sein de cette cathédrale du livre 160.000 documents sont aujourd’hui à la disposition du public et à l’horizon 2012, 330.000 sont prévus.

35.000 sont des documents audio visuels, CD et DVD il y a aussi 750 périodiques. Par conséquent 125.000 livres constituent la part royale de cette nourriture intellectuelle qu’offre la médiathèque.

Je veux évoquer aussi les 1000 places assises et 102 points d’accès internet qui permettront d’accueillir les lecteurs et j’en suis certain déjà, de nombreux jeunes et étudiants qui attendent avec impatience l’ouverture demain.

 Chacun, ici, connaît cette phrase de Montesquieu que Jean d’Ormesson aime à citer : « L’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégouts de la vie, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé »

 Le livre est vital ! Et s’il fallait faire une démonstration par l’absurde, évoquons rapidement ce que serait l’absence de livres.

Et d’abord souvenons nous qu’au fil de l’histoire certains régimes estimaient que le livre était un danger et qu’il fallait l’éradiquer, le détruire, car les gens qui lisaient étaient instruits, instruits aussi de ce qu’il y avait de funeste dans une action totalitaire qu’elle fut de gauche ou de droite.

 Au fond, que serait une ville où le livre aurait une part restreinte, où l’on n’encouragerait pas la lecture, une ville où l’on ne lirait guère ?

Ce serait une ville où l’on n’aurait pas seulement moins de possibilités de s’instruire, de se cultiver, ou même de se faire plaisir, mais surtout on risquerait d’y mener une existenceéloignée de la question du sens. Permettez moi de me souvenir de cette phrase si pertinente d’un critique à propos de Bouvard et Pécuchet : « deux imbéciles qui mourront sans savoir connu le frémissement du sens »

C’est si important, « le frémissement du sens »…

Militer pour le livre, faire adhérer le plus grand nombre à la passion de lire permet aussi d’éviter ladictature de la superficialité, et des audimats.

Le livre fait du lecteur un acteur. Par la lecture il n’est pas un subissant.

La lecture est une dynamique.

Acteur dans sa lecture et par elle, le lecteur s’accomplit et participe ainsi à la pleine conquête de son destin.

 Mais que dire aussi de ceux que l’illettrisme a frappé ?

Il s’agit là d’un cruel échec qui n’est pas à imputer aux collectivités locales.

 C’est parce que nous en sommes conscients que nous avons tenu à donner cette vigoureuse impulsion à la lecture …et la très belle affiche de Tomi « Enlivrons nous » en est un magnifique symbole.

Nous sommes persuadés qu’une impulsion, un élan de cette nature peuvent contribuer à susciter le désir de lire partout, en toutes circonstances.

Je forme le vœu que de ce lieu émane comme une fascination du livre qui s’exerce sur tous et qu’ainsi Strasbourg devienne la capitale des lecteurs

 Le partage de la culture, la volonté de faire participer le plus grand nombre à ce bien inestimable et intemporel est, à nos yeux, le plus beau fruit que peut générer un dialogue heureux entre des élus en charge de la cité et leurs concitoyens.

Nous sommes là sur le socle même de la démocratie

 Mes derniers mots, Monsieur le maire, seront pour vous. Je vous ai entendu dire à plusieurs reprises, et cela sonnait chaque fois comme un reproche, que quelque cent agents ont été engagés pour faire fonctionner le réseau des médiathèques.

Si, comme vous me le rappelez, j’ai pu dire que cela était inexact, je me suis trompé de bonne foi, croyez le et j’ai peut-être mal répété ce qui m’avait été indiqué.

Mais je tiens néanmoins à me féliciter qu’une centaine de personnes ait pu trouver un emploi grâce à notre engagement. Ils feront œuvre utile.

 Alors cela a un cout, je ne le méconnais pas.

Permettez moi dès lors de conclure par une autre de mes très fortes convictions.

Oui, la culture coute cher mais l’absence de culture coute infiniment plus cher et la culture est un formidable placement citoyen, … autant que l’absence de culture est une marâtre génitrice de tous les maux.

 Monsieur le maire, monsieur le président, ce bien que nous avons voulu et créé vous est confié pour six ans, prenez en soin et développez le.